Le “Chant du monde” de Jean Giono – extrait

Un extrait du “Chant du monde” de Jean Giono pour laisser notre esprit s’absorber dans les grands espaces de la forêt …

Texte audio :

Ils marchaient sur des mousses épaisses et sur un humus gras qui craquait juste un peu sous le pied.
Ça sentait le bois et l’eau.
Des fois, une odeur de sève épaisse et sucrée passait et Antonio la sentait à sa droite puis à sa gauche, comme si l’odeur avait fait le tour de sa tête lentement. Alors, il touchait tout de suite devant lui le tronc d’un frêne avec ses blessures.
Il y avait aussi une odeur de feuille verte et des élancées d’un parfum aigu qui partait en éclairs de quelque coin des feuillages.
Ça avait l’air d’une odeur de fleur et ça scintillait comme une étoile semble s’éteindre puis lance un long rayon. …
C’est un saule qui s’est trompé… Il sent comme au printemps. …
Ils avaient dépassé le quartier du silence et d’ici on entendait la nuit vivante de la forêt. Ça venait et ça touchait l’oreille comme un doigt froid.
C’était un long souffle sourd, un bruit de gorge, un bruit profond, un long chant monotone dans une bouche ouverte.
Ça tenait la largeur de toutes les collines couvertes d’arbres.
C’était dans le ciel et sur la terre comme la pluie, ça venait de tous les côtés à la fois et lentement ça se balançait comme une lourde vague en ronflant dans le corridor des vallons.
Au fond du bruit, de petits crépitements de feuilles couraient avec des pieds de rats

Jean Giono


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